# 165. Abat-on les arbres ?

Essai de traduction du Shijing

1.

Tchak tchak — abat-on les arbres ?
c’est l’oiseau qui chante — ouac ouac !

Sortant de la vallée paisible
il rejoint la cime des hauts arbres.
Ouac fait son cri…
il attend la réponse d’un camarade.
Un oiseau puis l’autre :
l’un appelle délibérément son camarade.

Et quant à l’homme, ne doit-il
pas chercher à se faire des amis ?
Les dieux l’écouteront
à la fin : harmonie et paix.

2.

Tchouk tchouk — abat-on les arbres ?
on débouche l’alcool blanc !

L’agneau est gras déjà,
il faut vite inviter mon père.
Autant qu’il ne vienne pas
si je ne l’accueille pas comme il faut :
Tout est nickel, arrosé, balayé —
les huit paniers d’offrandes sont disposés.

Le mâle est gras déjà,
il faut vite inviter mon oncle.
Autant qu’il ne vienne pas
si je risque d’être dans mon tort.

3.

Abat-on les arbres de la colline ?
l’alcool blanc coule à flot.

Paniers et vases sont offerts,
toute la fratrie est présente.
N’importe qui perd la vertu
quand les provisions viennent à manquer.
Quand j’ai de l’alcool je le filtre,
quand je n’en ai pas je l’achète.

Bam bam — le tambour c’est moi,
doum da doum — qui danse ? c’est moi.
Tant que nous en avons le loisir,
buvons, buvons cette liqueur !

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Paul Muldoon, « Vent et arbre »

Traduit de l’anglais par PV. Le poème est paru dans New Weather (1973)

Comme le vent en majorité
Apparait où il y a des arbres,

En sa plus grande part, le monde s’organise
Vers où nous sommes.

Souvent où le vent a rassemblé
Les arbres, les uns avec les autres,

Un arbre en prend
Un autre pour le tenir dans ses bras.

Leurs branches, qui se broient
Les unes les autres frénétiquement, —

Cela ne fait pas un vrai feu.
Elles se cassent les unes les autres.

Je pense souvent que je dois être
L’arbre solitaire, n’allant nulle part,

Parce que mon bras ne saurait ni ne voudrait
En casser un autre. Reste que, — par mes os brisés

J’annonce la météo nouvelle.

« La récitation », # 7 et fin

Voir ici les autres épisodes. Téléchargez le pdf complet de La Récitation.

Est-il l’heure ? Le rideau tombé, tout le monde va dans les
Loges où l’on est bien, vide. Iago pense, vaguant, au petit copain

De sa fille, voulant partir en Europe, et le Doge à un ancien
240 Camarade de lycée, David, retrouvé sur Facebook sous le nom

De Faith ; un gars très grand, peau mate, dont les parents
Étaient sans doute d’origine italienne ou grecque. Sur les photos

De son profil, Faith semble-t-elle heureuse ? Elle a les cheveux longs,
Et porte des tee-shirts moulants qui mettent en évidence

245 Les formes des femmes, qu’elle enlève le soir, peut-être
Devant sa glace. David aimait-elle les garçons ? Le Doge ne l’avait

Pas deviné, à l’époque. Son téléphone annonce qu’il a reçu
Un message de Jack, l’ami bassiste renvoyé

De son groupe de nu-punk. Il est amer, le Doge répond
250 Pour le réconforter avec des mots qui n’auraient pas d’effet

Sur lui. Send. Othello est déjà rentré chez lui : c’est l’anniv
De mon chien. Cassio qui marche de nouveau normalement

S’est rué sur une bière, a allumé une cigarette avant d’ôter son
Maquillage. Il n’enlèvera pas sa peau, de toute façon. Connard. Et toi,

255 Qui les regardes depuis la blanche pièce, par ces persiennes
Irrégulières dont l’ouverture n’est qu’une respiration,

Sur lesquelles tu projettes ton regard comme un technicien
Ses spots ; qui cherches à chaque obstacle un nouvel

Élan et suis, le cerveau au bout des yeux, les allers-
260 Retours maladroits de mon bâton, devrais-je dire mes baguettes

D’aveugle ? Est-il l’heure ? Personne ne dit que le rideau
Va tomber, et pour cause. Tes clés au fond de la poche.

Le texte était inspiré, humaniste. Une assistante passera
Récolter les gerbes. Les spots n’éclairent plus, mais

265 les mouches, les fument. Un chemin rouge de diodes
Électroluminescentes éclaire le pop-corn et les cocas sous

Les sièges repliés, vers la porte, au-dessus de laquelle ce rectangle
De lumière verte : Broadway Blvd et Emergency Exit Only.

Fin

« La récitation », # 6

Voir ici les autres épisodes.

Noir comme mouchoir, Maure rouge, converti de la main

À la poche. A-t-il des crises d’épilepsie de converti ? Bat sa femme
Rouge ? Se mouche noir ? Contre Iago la décision, il ouvre

Un espace de questions, pour le public — on n’y répond
200 Ra pas, car l’effet dramatique est dans l’ouverture du

Doute qu’Othello revendique (oui et non) : To be once in doubt,
Is once to be resolv’d. Il s’engouffre dans les allégations perfides

D’Iago parce qu’il est le doute que sa couleur de peau, son origine
Mauresque et son nom lancent au public : est-il ceci ou cela ? est

205 L’intrigue d’Othello. Dans le trouble, flottement,
Effondrement. Deux figures du mal : le doute infondé

Vs. la manipulation, efficace. La tragédie naît de leur
Combinaison. Othello a des crises d’épilepsie, traite la vierge

Desdémone de pute, l’étrangle dans le lit de noces au lieu
210 De la baiser. Étrange

Pièce faisant de la barbarie une essence cachée révélée
Par-delà l’apparente noblesse du converti, par les manigances

D’Iago ? Lecture culturaliste, essentialiste, raciste. Non, c’est
Une tragédie, pas une racisterie : le Noir n’est extérieurement

215 Conforme à la barbarie que le Blanc lui prête, que par
Une conséquence de son intégration même à la société des

Blancs. Hum hum… Ou : non l’histoire d’une violence cachée
Avouée (racisme), mais produite par l’effort de la fuir (tragique),

Prêtée qu’elle est, aux Maures. On ne théorise pas, dans un poème.
220 José, maintenant Lodovico, annonce déjà : Jugez-nous à l’

Épreuve. La pièce touche à la fin : Laurence va bientôt étrangler
Jean (Desdémone). Les spectateurs attendent ce moment (aussi

Le metteur en scène et la régie). Cassio : Ma jambe est coupée
En deux. Laurence s’approche de Jean : Let me not name it

225 To you, you chaste stars, it is the cause. Yet I’ll not shed her blood,
Nor scar that whiter skin of hers than snow and smooth as

Monumental alabaster, chante-t-il, noir. C’était une pute.
Emilia : Tu la calomnies, espèce de démon. Et c’est vrai qu’il a agi

Comme un (bloody) devil. C’est tragique, parce que justement, il est
230 Maure. Il a fait tous les efforts possibles, c’est une banane,

Mais il est fou de jalousie : dommage. Dans sa dernière tirade, Laurence
Se dit un homme dont les Yeux versent des larmes aussi vite

Que les arbres d’Arabie leur gomme médicinale. Et il ajoute :
Dites-leur qu’une fois, à Alep, où un Turc, infidèle enturbanné, frappait

235 Un Vénitien et insultait l’État, je saisis à la gorge le chien circoncis
et le battis. Le public applaudit. Les acteurs gratifient d’une révérence.

À suivre…