Osaka

grouillante d’individus bizarres
excentriques &
cassés /

(au milieu d’une architecture 70’s traitant son histoire un peu par-dessus la jambe)

on dirait une ville intérieure, l’essentiel de l’activité, commerçante, se passant de l’autre côté des murs, en sous-sol ou le long de kilomètres de galeries gavées de monde qu’on n’aperçoit que par hasard, lorsque coupées par une rue perpendiculaire elles doivent laisser
leurs lèvres bées
affleurer à l’air libre

oui dehors est
du béton aux façades le long
verre des rues désertes

deux millions six cent mille habitants pour un décor sans signe traversé par des autoroutes suspendues par dessus les canaux

une fois en l’air sur leurs échasses
de béton traversant
dans des loopings vertigineux

la ville acéphale

des cubes posés près de gare-
passerelle sous la foule aperçue

fuit le soleil
vomie d’un immeuble &

ravalée par l’autre un village à la verticale de trente-deux étages marchands

du fromage de sous-sol bondés jusqu’aux restaurants là-
haut : les rues ne sont qu’un paysage en creux pour le vertige
/ la ville est droite /

on ne s’y perdra pas on n’y entendra pas le bruit des camions
/ en-dessous /
les souterrains se nouent en gares

remplies d’échoppes & l’on y tient sa gauche

à l’intérieur derrière les murs sous les rues / au sud de tout /

les quartiers populaires s’étalent dans des galeries cradingues qu’on n’a pas rénovées depuis trente ans : qui tombent en loque : malgré l’effort municipal d’accrocher aux murs des lampions dernier cri tout à fait modernes & des petits vieux qui traînent dans des joggings miteux derrière
un déambulateur d’oxygène

la fête ici s’est retirée pareille
à une vague n’ayant laissé
sur le rivage que des gueules démolies
pliées dedans des corps en vrac
errant comme des chiens
paumés dans l’éternel

dimanche matin

5 réflexions sur “Osaka

  1. Bienvenue cher Martin ! Je consacrerai d’ailleurs bientôt une notule au n°41 de Décapage, au sommaire duquel on nous trouve tous les deux..

  2. Je suis curieux de lire ça.
    Je vais en parler aussi sur mon blog.
    C’est la revue littéraire qui me plaît le plus, la plus originale et pas la plus connue.

  3. Merci cher Martin ! C’est gentil – et tu m’as percé à jour : WCW est mon maître ! Heureux celui qui n’a pas encore lu Paterson et s’apprête à le faire.. Il y a un souffle, dans ce livre !

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