L’empereur Hon-Seki # 1

hidesato reçut par l’empereurAu trouble remuant les arbres du jardin impérial, on savait qu’un vent violent circulait dans Tokyo. Alors que, le jour de son anniversaire approchant, il lui faudrait bientôt descendre répéter le discours rituellement offert à son peuple, l’Empereur Hon-Seki n’avait pas changé de place et depuis trente-six heures refusait même, las, de se nourrir ; derrière les fenêtres, larges et épaisses, de sa suite, il se tenait droit debout, dans son kimono noir de chambre.
Un tel comportement était d’autant plus déstabilisant qu’on l’avait connu raisonnable, compréhensif et arrangeant – payant toujours son tribut à la politesse, ne se laissant jamais emporter par des mots, des idées trop vite conçues, qui l’auraient poussé par exemple à poser des questions fâcheuses, capable lorsqu’il le fallait de transiger même sur ce que l’on concevait être d’intimes convictions et de s’en remettre aux usages : c’était un homme intelligent.
Habitués à des manières si pleines de bon sens, sa femme, ses enfants et même les salariés qui, dans le palais, jouaient aux domestiques de jadis, ne parvenaient pas à seulement comprendre les causes de son caprice et ne savaient quoi inventer pour le rendre à la raison – et quoique cette situation leur fut désespérante (surtout à l’impératrice qui, en plus des boutons que lui faisait germer la simple idée qu’il faudrait annuler une cérémonie si importante, ne supportait pas que les autres pussent dire qu’elle était l’origine du malheur – ils le diraient forcément) il ne serait venu à l’idée de personne d’appeler par exemple les pompiers ou les policiers – ni du reste de l’empoigner, soi-même, avec violence. S’approchait-on, sa bouche mécanique répondait :
L’EMPEREUR – dehors
Essayait-on malgré tout de s’entretenir avec lui, en insistant un peu, avançait-on un pied, l’autre – il congédiait d’un geste de la main. Aussi, regroupés derrière la porte, les hommes et les femmes chuchotaient, ne s’excitant les uns les autres qu’avec méthode : chacun à son tour avançait une explication couplée avec une solution possible au problème, tous s’écoutaient et il revenait à l’impératrice, en fin de ce conseil, de décider de la cause qui serait désormais tenue pour la plus probable – ainsi que de son remède. Femme et souveraine, elle pouvait difficilement refuser ce rôle, quoiqu’elle comprit – immédiatement – que ce ne serait pas là chose aisée : il faudrait ménager la chèvre et le chou, le four et le moulin, le yin et le yang. En choisissant la maladie grave, elle eût pu condamner irrémédiablement la cérémonie des vœux, mais en se retranchant derrière je-ne-sais-quelle lubie – ou le simple caprice – elle portait une sévère atteinte à l’autorité de l’empereur, tout de même censé descendre des dieux, en droite ligne encore ! Il en allait donc de la raison d’État, il fallait inventer quelque chose, et il lui semblait soudain comprendre la signification de son titre : Tokyo, le Japon, le Monde tout entier était là, branlant au bout du plongeoir de sa langue ; il suffirait d’un mot pour le faire s’écrouler et elle ne voyait pas lequel eût permit que tout restât en place. On courait à la catastrophe, quoiqu’elle décidât…

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