Kojiki, Sect. CXII

Après le décès du Céleste Souverain, Sa Majesté Grand-Roitelet, conformément aux décrets impériaux, laissa le pouvoir à Jeune-Seigneur-d’Uji. Sur ces entrefaites Sa Majesté Gardien-des-Grandes-Montagnes, contrevenant à la volonté de son défunt père et désireux de prendre le contrôle de l’Empire, conçut le projet d’assassiner son plus jeune frère : secrètement, il monta une armée.

Il était prêt à l’attaquer
quand Sa Majesté Grand-Roitelet eut vent de son dessein.
Il en informa tout de suite Jeune-Seigneur-d’Uji
par voie de messager. Une fois mis au courant,
ce dernier disposa ses troupes sur le rivage,
en embuscade et immédiatement,
après avoir monté une tente sur le sommet de la colline
et en avoir tiré les rideaux, il plaça
l’un de ses serviteurs sur le trône,
prétendant qu’il s’agissait de l’Empereur lui-même.

Tous les officiels se mirent
à aller et venir, se comporter exactement
comme s’il s’agissait bien du roi. Qui plus est,
préparant le moment où Gardien-des-Grandes-Montagnes
aurait traversé la rivière –
il arrangea et décora
un bateau avec une paire de rames.
Après cela il pilonna dans un mortier des racines de kadsura.
En ayant récolté la sève, il enduit un bambou
à l’aide duquel il huila l’intérieur du bateau –
le premier qui s’aventurerait y perdrait l’équilibre.
Quant à lui-même, il prit
l’apparence et les vêtements d’un homme
du peuple ; il s’assit sur le banc et saisit la paire de rames.

Sur ces entrefaites, lorsque le roi son grand frère –
dont les soldats cachés, placés en embuscade,
avaient revêtu une armure sous leur vêtements –
rejoignit le rivage et, prêt à monter à bord,
jeta un œil à la colline richement décorée,
il crut que son plus jeune frère trônait
tout là-haut –
n’ayant pas reconnu l’homme d’apparence modeste
qui tenait simplement une paire de rames,
et auquel il s’adressa ainsi :
« J’ai ouï dire que sur ce mont
vivait un sanglier énorme, extrêmement agressif.
Je vais m’en occuper. Penses-tu par hasard
que je puisse régler son compte
à ce méchant sanglier ? »

Alors l’homme du peuple, tenant les rames, dit :
« Impossible. » L’autre lui demanda pourquoi.
« On l’a beaucoup chassé, personne n’a jamais pu
l’attraper. C’est pourquoi je te dis : impossible. »
Lorsqu’ils furent parvenu au milieu de la rivière,
Jeune-Seigneur-d’Uji fit s’incliner le bateau,
son frère glissa – et tomba dans l’eau.
Immédiatement refaisant surface –
mais emporté par le courant –
il se mit à chanter les vers suivants :

Que le plus rapide
Des mousses de ce bateau
Vienne me tendre la perche !

Alors les troupes cachées des deux côtés de la rivière
sortirent, d’un même mouvement,
bandant leurs arcs – et le laissant à la dérive.

Il coula jusqu’au niveau de Cliquetis – lorsque l’on se mit à chercher l’endroit de sa noyade, on le fit à l’aide de faux, qui tintèrent sur l’armure qu’il avait enfilée sous ses vêtements – c’est grâce à ce cliquettement qu’on put le retrouver, et à cause de lui que le lieu-dit se nomme Cliquetis. Lorsqu’ils ramassèrent ses os, à l’aide de leurs crochets, son benjamin, heureux, se mit à chanter ces vers :

Comme un Catalpa
Et comme un Euonymus
Poussant sur la rive
J’ai désiré découper
Ton corps en morceaux –
A la peine du seigneur,
Celle de la soeur,
Je n’avais pas réfléchi –
Ils me font pitié –
C’est pourquoi je rentre ainsi
Catalpa, Euonymus.

Les os de Sa Majesté Gardien-des-Grandes-Montagnes furent brûlés en haut de la grande montagne de Bon-Echo. (Sa Majesté Gardien-des-Grandes-Montagnes fut l’ancêtre des Ducs de Hijikata, des Ducs de Heki et des Ducs de Champs-d’Aulnes.)

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