Derek Walcott, Omeros, livre I, chapitre III, 1

Voici la suite d’une tentative de traduction d’Omeros de Derek Walcott, commencée ici.

*

*                *

« Touchez-i encore : N’ai fendre choux-ous-ou, salope ! »*
« Touche-le encore et je t’éclate le cul, salope ! »
« Moi j’a dire – ‘ous pas prêter un rien. ‘Ous ni shallope,*

‘ous ni seine, ‘ous croire ‘ous ni choeur campêche ?*
« Je te l’ai déjà dit, tu touches à rien. T’as ton canoë,
ton filet. Tu te prends pour qui – le coeur du bois de campêche ? »

« ‘Ous croire ‘ous c’est roi Gros Îlet ? Voleur bomme ! »*
« Tu te prends pour le roi de Gros Îlet ? Voleur d’étain ! »
Puis en anglais : « Je vais te montrer qui est le roi ! Viens ! »

Hector sortit de l’ombre. Et Achille – au
moment qu’il le vit portant un coutelas, un homme
fou*, un malade dévoré par la jalousie – replaça l’étain

qu’il avait emprunté au canoë d’Hector dans la proue
du bateau d’Hector. Alors Achille, qui en avait assez
de ce malade, essuya et soupesa sa propre lame.

Et maintenant les villageois émergeaient de l’ombre verte
des amandiers et des mancenilliers à feuille de cire, pour le face à face
que demandait Hector. Achille s’éloigna et attendit,

les pieds dans l’eau chaude du rivage. Hector s’approcha.
les villageois suivirent, comme le ressac
baissait son bruit, sa peur se recroqueviller sur le bord de plage.

Alors, loin de là, au large, en une douche étincelante
des flèches de pluie furent décochées par les brise-lames émeraudes
du récif, les tubes voyageant avec un pouvoir clair

dans le soleil, et derrière eux, alignés pour le massacre,
se tenaient les villageois, criant, dans un bruit de banc de poissons,
et levant les bras à la lumière. Hector courut, éclaboussant

les bords de l’eau mélangés au crachin, dans la direction d’Achille,
le coutelas en l’air. Le ressac, en colère, aboyant
sa queue comme un pitbull d’écume. Les hommes peuvent tuer

leurs propres frères dans un accès de rage, mais le malade
qui déchira une épaule du maillot de corps d’Achille déchira aussi
son coeur. La rage qu’il ressentit contre Hector

était de la honte. Devenir fou pour une vieille écope en étain,
une croûte de rouille ! Le duel de ces pêcheurs
se déroulait au-dessus d’une ombre, qui s’appelait Helen.

—-

* En créole dans le texte.

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