2001

Chaos demeure. Le siècle, cette fois-ci, n’aura pas eu sa chance.

Si l’on n’a pas entendu, dans l’explosion des tours jumelles lorsque les pénétrèrent les deux avions libres et fiers, le motif magnifique d’une bouteille se brisant, disséminant soudain la lumière diffractée dans une infinité de fragments de verre, c’est que l’imagination des poètes ne semblait plus, à la prise du luth, que le fond désolé d’un lac, vide : ils restèrent là dans leur bouche boueuse, tétanisés. Seul l’un d’eux, au prix d’une horrible grimace, parvint à chantonner qu’à travers les gratte-ciels c’était son corps, c’était sa langue qu’on avait fait voler, en éclats – après quoi resteraient les organes épars de la diversité. On le félicita ; une déclaration, officielle, vint entériner son constat, et l’assemblée

fit voter les crédits pour la guerre. La guerre civile.

(extrait des Gestes impossibles, à paraître en octobre chez Flammarion.)

Une réflexion sur “2001

  1. Sept lignes, et tout est dit de la guerre où nous vivons. Je choisis « les organes épars de la diversité ». Dont ma langue. Et non ma langue contre les organes épars etc. Merci, Pierre, d’avoir posé ça comme ça ! Et ça donne envie de lire la suite (poèmes ou pas poèmes ? je m’en fous un peu…).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s