Allen Ginsberg – en lisant Bai Juyi

(Une proposition de traduction)

Je suis un voyageur dans un drôle de pays
la Chine j’ai été dans beaucoup de villes
Me voilà de retour à Shanghai, des jours entiers
sous des couvertures chaudes dans une chambre avec chauffage électrique –
un confort rare dans ce pays –
des centaines de millions frissonnent, dans le Nord
les étudiants se lèvent à l’aube et courent autour du terrain de foot
Les travailleurs chantent des chansons dans le noir pour se tenir au chaud
pendant que je fais la grasse matinée, fume trop ma toux,
me retourne dans le lit sur mon flanc droit
tire le lourd édredon sur mon nez et retourne
rendre visite au mort mon père, ma mère, les immortels
amis des rêves. Le dîner m’est servi,
je peux sortir festoyer, mais je préfère
rester dans ma chambre cette semaine, me remettre
de ma toux. Je ne dois pas vendre des kakis sur le trottoir
à Baoding comme la femme à la tête bandée
ou pousser les rames de mon bateau autour d’un coin rocheux
des gorges du Yangzi, ou descendre à la perche le courant
depuis Yichang à travers la jaune mousse industrielle, ou porter des seaux
d’eau au bout d’une perche de bambou sur mes épaules
vers un potager près de Wuxi – je suis célèbre,
mes poèmes ont rendu plusieurs hommes meilleurs
et quelques femmes mauvaises, peut-être le meilleur
dépasse le mauvais, je ne saurai jamais.
Pourtant je me sens coupable de ne pas avoir fait plus ;
C’est vrai j’ai fait l’éloge du dharma de pays en pays
Mais je reste quant à ma pratique un amateur, minable
– même en rêve je vois quel mauvais étudiant je suis –
Mes professeurs ont essayé de m’aider, mais je dois
être fainéant et avoir pris goût à l’argent
et aux vêtements que mon travail m’a offerts, aujourd’hui
je resterai au lit à lire les vieux poètes chinois –
je ne crois pas à l’existence d’un au-delà divin, ou même
à une autre vie différente de cette incarnation-ci
Et pourtant j’ai peur d’être puni pour mon indifférence
une fois mort – mes poèmes éparpillés et mon nom
oublié et moi-même réincarné en ouvrier abruti
frigorifié et cassant des cailloux sur un bas-côté dans le Hebei.

Shanghai, 5 décembre 1984, 10h.

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