Terre inculte, # 0. Agriculture, géologie

0. 0. Pour comprendre ce qu’un lecteur peut faire avec un texte « illisible » tel qu’en propose la poésie depuis, disons, Mallarmé, je décide de lire de plus près The Waste land (1921-1922), le célèbre poème de T. S. Eliot. Voilà un poème en effet dont la critique a depuis toujours noté la difficulté, et qu’elle a toujours essayé de comprendre en le ramenant à ses sources intertextuelles. Comme si le poème lui-même était une terre inculte (waste land), qu’il offrait peu en termes de sens, mais dont on pouvait faire la géologie : le comprendre signifierait être capable d’identifier ses matières premières, ou – peut-être mieux – le traitement (les reprises, déplacements, contradictions, etc.) qu’il leur inflige. Ce faisant, tout se passe comme si le poème ne pouvait guère être véritablement « consommé » (comme une œuvre finie, ou le fruit d’une agriculture), mais seulement considéré comme un sol qu’il faudrait creuser pour retrouver les mouvements souterrains qui l’ont produit. Attitude encouragée par T. S. Eliot lui-même, qui agrémenta le texte à sa parution d’un ensemble de notes ramenant chaque vers à sa source originale (matière première). Dans les séances qui suivent, je vais essayer (en amateur et un peu n’importe comment) :

0. 1. D’aller de l’autre côté de la traduction de Pierre Leyris quitte à la modifier pour retrouver un point du texte anglais (quoique je ne sois ni traducteur, ni angliciste – et tous les commentaires et critiques sont bienvenues) et de justifier mes choix le cas échéant

0. 2. De comprendre le texte, ou de l’interpréter, si c’est possible (ou : dans mes compétences).

0. 2. 1. Ici s’ouvrira la question du symbolisme, ou d’un sens second derrière le sens littéral, et dont on se demandera s’il ne s’agit pas d’un mode classique de composition poétique qu’il s’agit précisément de dépasser.

0. 3. De ramener, lorsque cela est possible (mais de nombreux sites, par exemple ici ou ici me faciliteront la tâche), le texte à ses diverses sources intertextuelles (activité que nous appellerons désormais, reprenant le terme d’Eliot lui-même, « élucidation »)

0. 3. 1. De comprendre la nature du gain cognitif de l’élucidation, étant entendu que cette activité analytique doit être distinguée de la lecture, activité synthétique par laquelle la diversité des signifiants dispersés sur la page est ramenée à l’unité d’un sens paraphrasable

0. 4. De voir s’il y a autre chose à faire avec ce genre de texte que la lecture et l’élucidation – et si oui, quoi.

Allons-y.

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