Le roman fait l’épopée

À lire dans la seconde livraison (dont j’ai coordonné l’édition avec Florence Goyet) du Recueil ouvert, revue universitaire consacrée à l’épopée, un article de ma blanche main, « Le roman fait l’épopée ». En voici le résumé :

On ne peut considérer l’épopée comme un genre existant en soi. Comme tous les genres, c’est bien plutôt un objet théorique, dont la construction dépend des stratégies épistémologiques des chercheurs. Un récapitulatif rapide des démarches contemporaines montre, en l’occurrence, que l’épopée acquiert tout son sens dans l’horizon de sa comparaison avec le roman : l’identité de ces genres est “relationnelle”. La stratégie que j’appelle énergétique comparée se propose de prendre au sérieux cette relation pour décrire l’un par l’autre le fonctionnement de ces dispositifs génériques, et en déduire l’effort qu’ils servent. À partir d’analyses de textes représentatifs de chacun de ces deux genres, elle détermine à la fois les fonctions rhétoriques et noétiques des structures narratologiques, et les effets pragmatiques des contenus idéologiques. La mise en rapport de cette sémiologie fonctionnaliste et de cette herméneutique pragmatique permet de trouver, lorsqu’elles convergent, l’effort du genre, c’est-à-dire ce qu’il essaie de faire à son récepteur. En l’occurrence, on peut caractériser le roman par son effort, éthique, d’émancipation de l’individu, et l’épopée par son effort, politique, de redéfinition des valeurs communes.

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