Traversées d’Un nouveau monde

un-nouveau-mondeCette semaine va paraître Un nouveau monde. Poésies en France 1960-2010, une anthologie critique de plus de 1500 pages, composée par Yves di Manno et Isabelle Garron.

Histoire de la poésie contemporaine et cartographie des constellations autant qu’album des singularités, bibliothèque portable et manuel, généalogie et labyrinthe, il s’agit d’un événement considérable, qui donne un recul et une intelligibilité ouverte à cinquante ans de travail du vers en France. Une ample fresque qui montre notamment comment la poésie française, en s’émancipant de la double célébration, par les surréalistes, des vertus de la spontanéité, et par les poètes-résistants, de l’engagement humaniste, a posé sur la table, et dans des termes complètement renouvelés, la question des rapports de la matière linguistique au sens et de la langue au réel. Une inventivité qui tient au travail (souvent solitaire, et par des écrivains répugnant parfois à se qualifier de poètes) sur le vers, dans sa promesse ou sa prétention à se constituer comme forme absolue de l’énoncé.

En guise de modeste écho, j’en proposerai dans les jours suivants, au fil de mes lectures, quelques extraits. Pour commencer, trois poèmes — de Jude Stéfan, Jacques Izoard puis Bernard Chambaz.

si Marie Sallé a bien vécu ?

ivre quand je m’enivre affleurent les obsessions
le soir il te parle comme au fond d’un tombeau
belle en mauve dans les glaces chez Lipp
chassant tes mouches avec des plumes de paon
puis tournant dans la cage de l’âge dans
la même nuit que meuglait la bête de soif
qu’éclatera soudain le coup de grâce
____je crèverai par le milieu
quand mes soeurs avaient leurs fleurs
le Temps vous dit par ma bouche édentée : il
vous vaudra femmes et vin (non du pain et
des fêtes leur simulacre berneur) outre
________la lumière
sur les cimes à vertige des arbres qui aiment
____les désastres d’eau

Jude Stéfan (p. 613)

*

Les petits merciers (extrait)

Mes petits merciers, mes corsaires.
Que ne puis-je aller, venir,
proposer la vente et le labeur !
Me voici marchand d’angelots,
de cheveux, de menus pieds coupés.
Le corps est l’épicerie.
J’incendie la maison des noix.
Je n’incendie qu’un rêve.

Jacques Izoard (p. 630)

*

(séquence 790) 

reprendre les mots
un à un
et ensemble
pour être sûr de leur nécessité
mais
être sûr qu’il n’y a pas la moindre chance de corriger
l’injustice du sort

Bernard Chambaz (p. 914-915)

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