Énergétique du poème

Je lis, par hasard, dans les Lettrines de Gracq, cette remarque sur l’énergétique du poème dans tous les sens de laquelle on peut me semble-t-il rêver :

« Des livres comme Obermann, de Senancour, ou Volupté, de Sainte-Beuve, nous livrent les approches de ce qui pourrait être la très singulière notion d’une poésie homéopathique par le dosage. Une dose très faible de poésie pure s’y trouve uniment diluée à travers tout le tissu d’un ouvrage d’amples dimensions, et à chaque page néanmoins distinctement perceptible – quoique de manière évanescente – distinctement agissante.
Effet énergétique sans doute optimum obtenu ici par des organisations poétiques qui sont à celle de Rimbaud ce que la machine à plateaux des anciens cabinets de physique se trouve être à une centrale électrique. À partir d’un équipement de fortune, il faut sans doute admirer ici le plus judicieux effort vers le rendement. Le rendement sans chaleur d’une vitalité basse propage exquisement jusqu’à nous ses ondes faibles, au prix seulement d’attiédir, d’ouater, d’engourdir autour d’elle toutes les couleurs, tous les parfums, tous les sons trop violents – de fabriquer du calme.
C’est une diète poétique, c’est le climat de la convalescence, ravivé aux impressions faibles, qu’exigent de tels livres. Ils ont le goût passagèrement délicieux de la première crème aux fleurs d’orange, après un jeûne de fièvre typhoïde »

 

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