Gilbert Koh, « La ville-jardin »

Histoire de faire d’une pierre deux coups, voici de la poésie botanique de Singapour : un poème de Gilbert Koh que j’ai trouvé dans une anthologie intitulée From Walden to Woodlands. An Anthology of Nature Poems publiée chez Ethos Books en 2015.

Que les arbres soient !, dit l’homme, et voilà
il y eut des arbres – arbres à pluie, amboines, flamboyants,
casuarinas, arbres du voyageur et d’autres – jaillissant contre
l’acier et le béton de la ville en pleine expansion.
Même alors que de vraies tours grimpaient de plus en plus
haut vers les cieux, les arbres étaient plantés, replantés,
transplantés, arrosés, fertilisés et soignés de manière à ce qu’ils poussent
et poussent encore. Ils apparurent le lendemain, débarrassés du
chaos de la jungle, rompus à la volonté de l’homme, poussant en lignes droites,
en carrés ou en rectangles, dans des coins prévus à cet effet,
dans des parkings, le long d’autoroutes, devant les banques et les immeubles,
conformes aux commandements des urbanistes.
Les dures lignes de l’architecture s’adoucirent,
la pluie tomba, et tout doux, tout doucement, le vert se répandit
si bien qu’une fois dans sa soixante-dixième année, l’homme fut ravi,
en se reposant, de contempler son oeuvre, et de sentir la terre
d’une nation s’écouler lentement entre ses vieilles mains vertes.

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