192. Le Nouvel an

Toujours le Shijing

1.

Beaucoup de givre au nouvel an :
__l’angoisse meurtrit mon cœur.
Les calomnies des gens du peuple
__sont de plus en plus énormes.
Je suis si seul !
__et le chagrin grossit dans mon cœur —
Mon pauvre petit cœur —
__triste à en tomber malade.

Mes parents m’ont-ils fait naître
__pour endurer tant de souffrances ?
Pourquoi ne vins-je pas avant ?
__Pourquoi ne vins-je pas après ?
C’est par la bouche qu’on fait louange,
__c’est par la bouche qu’on calomnie.
Mais c’est le cœur qui s’attriste
__à mesure des outrages subis.

Oui, c’est le cœur qui se désole
__à l’idée de ma triste condition.
Ceux qui ne commettent pas de crimes
__sont réduits à servir les autres.
Qu’on ait pitié de moi
__qui ne trouverai jamais le bonheur.
Regarde, les corbeaux s’arrêtent :
__sur quelle maison se poseront-ils ?

Regarde dans cette forêt
__les grosses bûches, le petit bois.
Le péril est grand pour le peuple
__qui interroge le ciel, opaque.
Quand il décidera de s’imposer,
__les méchants ne gagneront pas.
S’il y a un Dieu,
__qui peut-il détester ?

2.

On dit que la montagne est petite
__malgré ses crêtes et ses sommets.
Les calomnies des gens du peuple,
__pourquoi personne ne les punit ?
Mobilise les anciens,
__demande à ceux qui lisent les rêves.
Tous disent être sages,
__mais qui distingue un corbeau d’une corneille ?

Il faut dire que le ciel est haut,
__et oser se tenir bien droit.
Il faut dire que la terre est ferme,
__et oser marcher à grands pas.
Ceux qui affirment cela
__ont des raisons solides.
Pitié pour nos contemporains —
__pourquoi ? — serpents, caméléons.

Regarde ce champ caillouteux :
__la faune et la flore s’y pressent.
Le ciel me ballotte en tous sens,
__on dirait qu’il me contrôle mal !
Ils ont cherché un modèle en moi,
__on dirait qu’ils n’ont pas trouvé !
Ils ont fait de moi un ennemi,
__et ont méprisé mon énergie.

Ah ! Mon cœur est triste,
__comme si un lien le nouait.
Le gouvernement actuel,
__pourquoi nous oppresse-t-il tant ?
Quand l’incendie est attisé,
__comment parvenir à l’éteindre ?
La grande capitale des Zhou,
__devra sa perte à la Dame de Bao*.

3.

La fin, je ne cesse d’y penser —
__la pluie, le temps gris me dépriment.
Ta voiture est assez chargée,
__et tu en as ôté les moyeux ;
Tu ne peux la charger encore
__à moins que ton frère vienne t’aider.

N’en ôte pas les moyeux,
__et les rayons des roues tiendront.
Surveille bien ton cocher,
__et ton chargement ne sera pas renversé.
Tu pourras alors traverser les champs caillouteux,
__n’y as-tu pas déjà pensé ?

Les poissons dans un bassin clos,
__ne peuvent pas se réjouir :
Même s’ils nagent tout au fond,
__ils resteront toujours visibles.
Mon cœur est transi de chagrin,
__songeant à mon peuple opprimé.

Ils boivent les meilleurs alcools,
__mangent de la viande succulente.
Ils ont leur réseau, leurs voisins,
__accèdent aux demandes de leurs proches.
Quand je pense à ma solitude,
__mon cœur se désole de plus belle.

Ces gens minables ont des maisons,
__ces salauds ont des récompenses.
Les gens du peuple, eux, n’ont plus rien,
__et le ciel les accule au malheur.
Heureux l’homme qui a de la fortune, —
__mais pitié ! pour le délaissé.

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