L’épopée après l’amour

La revue de théorie littéraire Fixxion consacre son numéro 14 à la question de l’épique dans les romans de ces trente dernières années. Au milieu d’articles se penchant sur le cas des littératures africaines, des romans de Patrick Deville, de Maylis de Kérangal ou de Mathias Énard, on pourra lire ma modeste contribution. J’y argumente l’idée, un peu saugrenue a priori peut-être, que l’on peut lire le cycle récent des livres d’Emmanuel Carrère comme une épopée. Contre une approche taxinomique du genre littéraire (une épopée serait un texte possédant certains traits caractéristiques), je montre que le texte s’y constitue comme un effort pour déterminer la valeur politique de l’amour après l’échec des deux promesses chrétienne et soviétique : c’est par ici.

Lecture-dédicace du Chamane et les Phénomènes

le-chamane-et-les-phenomenesOyez, oyez ! Le samedi 17 juin à 16 heures, je serai à la librairie française de Shanghai « l’Arbre du voyageur » pour présenter Le Chamane et les phénomènes. La poésie avec Ivar Ch’Vavar. Venez nombreux y découvrir la poésie du héraut de Grande Picardie Mentale, à travers une lecture-dédicace, et une discussion animée par Yohan Radomski…

Vous pourrez aussi m’y dire, après bonjour, au revoir ! Puisque je quitterai Shanghai, définitivement, dans trois semaines.

L’Arbre du voyageur, 155 Wuyi road, 4F.  Entrée libre.

L’appel au traducteur

titre articleDepuis quelques temps, je propose au site de recherche en littérature Fabula des comptes rendus ou des essais critiques sur des livres de théorie littéraire, essentiellement relatifs à la question des genres en littérature, ou plus particulièrement à la poésie. Aujourd’hui c’est, à partir du beau petit livre d’Eliot Weinberger, un essai un peu plus personnel qu’Acta fabula publie. Il s’agit d’y prolonger, en me basant sur la comparaison d’une multitude de traductions du même petit poème chinois, l’enquête sur l’effort des textes qui structure ma modeste recherche depuis le début de ma thèse. Cet article peut être lu ici.

En souvenir de W. B. Yeats (fragment)

[…]
Comme nous, tu semblais idiot ; ton don survécut à tout cela :
La paroisse des dames riches, la déchéance du corps,
Toi-même. L’Irlande folle t’a ouvert, violemment, à la poésie.
Aujourd’hui l’Irlande n’a perdu ni sa folie ni son climat,
Puisque la poésie n’a pas d’effet : elle survit
Dans la vallée de son propre faire, où les cols blancs
Ne voudraient jamais mettre les doigts, coule au sud
Depuis les territoires de solitude et les chagrins trop pleins,
Villes à vif auxquelles nous croyons, où nous mourons ; elle survit,
Elle-même événement, comme une bouche.
[…]

*

You were silly like us; your gift survived it all:
The parish of rich women, physical decay,
Yourself. Mad Ireland hurt you into poetry.
Now Ireland has her madness and her weather still,
For poetry makes nothing happen: it survives
In the valley of its making where executives
Would never want to tamper, flows on south
From ranches of isolation and the busy griefs,
Raw towns that we believe and die in; it survives,
A way of happening, a mouth.

W. H. Auden, « In memory of W. B. Yeats »

Louis Zukofsky, « A »-7, # 2

Suis sur le perron, là, assis, quoique personne
Me l’ait demandé, ni à toi qui n’es pas là,
Un panneau – LAVERIE – (grince – au vent) – LE SOLEIL –
(Nuits ?), du soleil, frangin, arriérés de quel mois ?
D’ac’ – mais ni crinière ni trot ? Au cul, au cul
De la Terre, harpe-oiseaux, deux crinières par couple
D’oiseaux, chacun un mot, un boyau continu,
Au trot – ? Pas de cheval ici, pas là non plus ?
Que tu dis ! Lors je – roulez pour moi, chants ! On va
Faire un cheval en bois, reconnu à nos mots –
Pas ça – neuf moins deux ! – autant que ça nous prendra
Pour rendre à l’homme mort un visage écarlate,
Habillé pour monter et pour tourner en rythme
Sur des trotteurs – dans les vergers, (changez !) oiseaux.