Corps profanes

Concernant Sophie Rambert les noms d’Egon Schiele et de Francis Bacon, sans doute, comme des autorités tutélaires sous l’égide desquelles son travail continuerait de se développer, se surajouteront immédiatement à la contemplation des œuvres elles-mêmes, voire s’y substitueront jusqu’à nous les masquer. Il faudra mieux, en retournant la référence (à certains égards inévitable) aux deux grands aînés, regarder le travail de Sophie Rambert dans ses différences – plutôt que dans sa ressemblance peut-être trompeuse – avec eux, pour mieux voir ce qu’il s’y joue en propre. C’est que, s’il y va évidemment et essentiellement du corps, dans cette peinture lumineuse et torturée, c’est à la fois moins dans son devenir-animal pour étudier sa viande (Bacon, selon Deleuze) et dans son expressivité par rapport aux sources de sens comme le visage ou la société (comme chez Schiele), que pour l’étudier dans sa nudité absolue de corps : quelque chose qui bouge, qui saigne, qui jouit. S’il s’agissait pour Bacon et Schiele, en effet, d’étudier – même pour moquer ses prétentions – le corps en tant qu’il est corps d’homme, Sophie Rambert vient comme après la question de l’homme pour nous montrer la simple chair et peau dans laquelle nous habitons sans plus la voir, à force de l’habiller des significations sociales les plus diverses. Un corps nu, c’est-à-dire non seulement sans vêtement mais sans ordre. Non en tant qu’il est un corps d’homme – mais en tant qu’il est un objet, morceau prenant l’espace, et le temps. Lire la suite

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