Le coup de théâtre de Jupiter

Virgile répète assez, dans l’Enéide, que ses héros (se contentant de suivre les décrets divins) ne sont pas responsables du cours des événements pour que le lecteur finisse par le croire :

C’est la rigueur des dieux qui détruit cet empire (II, 602, trad. Marc Chouet)

On nous peint un monde proche de celui où s’agitent les héros d’Homère : les vieux de l’Olympe, tout puissants, y imposent leurs réussites et leurs échecs à des marionnettes réduites à chanter et à prier pour un avenir plus faste. Les dieux sachant tout, décidant tout, ont toujours un train d’avance et le dénouement de la guerre qui oppose Turnus et Enée (chants XI-XII) peut même de ce fait nous être racontée dès la fin du chant VIII. Pourtant, au Chant X, un coup de théâtre vient briser cette ontologie ronronnante, pour y introduire une drôle de zone d’incertitude. Lire la suite

Publicités

Phrase, texte, genre # 7

dEt de la même manière que les couleurs, pour l’oeil, sont apparences déterminées par la longueur des ondes, ce qu’on appelle un « genre » n’est que le phénomène, grossier et classifié, dans la lecture, des vitesses-de-phrases. Quels détours prend la phrase, combien de temps met-elle pour passer d’un élément à un autre ? Comment et à quel point se dilate-t-elle ? Surtout : sur quels champs de forces peut-on compter pour avancer, passer de l’une à la suivante, et tenir ? Quelles sortes d’étants, derrière le texte, y font des bosses et des creux, dans le relief desquels elles s’enroulent, s’accélèrent, ralentissent ? Et entre deux actions, est-ce par une conscience, un dieu ? que passent les phrases – dans quelle figure cachée sous le tapis des mots ceux-ci viennent-ils puiser leur sens ? Lire la suite